Connaissez-vous l’Association Socrate en classe ?

A l’heure où l’on demande à l’école de se mobiliser pour inculquer aux enfants les valeurs de la République, nous apprenons avec regret l’interruption, pour cette année scolaire, des ateliers de philosophie mis en place à l’école maternelle Gustave Zédé.

Arielle Pessis, professeur de philosophie à l’origine de ce projet, et qui assure depuis quatre ans déjà toutes les séances hebdomadaires dans chaque classe de moyenne et de grande section, a subi en octobre, nous le savions, une importante opération du dos, et la récupération s’avère plus longue qu’elle ne l’espérait. Nous l’avons rencontrée.

« Je suis depuis longtemps convaincue que dès l’âge de 4 ans, l’âge du « pourquoi ? », les enfants qui posent des questions pour comprendre le monde qui les entoure, ou qui s’en posent, sans oser s’adresser à l’adulte, ont besoin de réponses. La réalité, bien complexe, n’appelle jamais de réponse catégorique. Au contraire, elle soulève d’autres questions. Ce questionnement incessant, cette réflexion, sont le propre de la démarche philosophique, à condition qu’ils soient engagés avec ordre et méthode. Ces ateliers de philosophie procurent à l’enfant un moment privilégié dans la semaine, pendant lequel, sous ma conduite, ils peuvent réfléchir, c’est à dire organiser leur pensée, enrichir leur vocabulaire, préciser le sens des mots et dialoguer entre eux dans un esprit de respect : on laisse les autres s’exprimer sans leur couper la parole, et de tolérance : on accepte un avis différent du sien. Quand l’usage des mots remplace l’usage de la violence, nous nous permettons de garder espoir. Rien n’est cependant acquis et il faut sans cesse continuer cet exercice pour asseoir chez ces tout jeunes enfants leur faculté de raisonner et leur capacité à être raisonnable.

Suite aux évènements d’une grande violence de ce début d’année, un tel travail, sous forme d’enseignement moral et civique sera demandé aux Professeurs des Ecoles par le gouvernement. Il devra être dispensé du CP  jusqu’à la classe de Terminale. Il ne me semble toutefois pas prématuré de commencer dès la maternelle. Chaque semaine, nous semons quelques graines, quelques habitudes, en abordant des thèmes comme l’obéissance, la nécessité de règles, la justice, l’acceptation de la différence, l’amitié, l’entraide ou au contraire la moquerie, la jalousie, la peur… Ces thèmes sont toujours discutés à partir d’un support narratif, moment pendant lequel je lis une histoire, moment le plus attendu de la séance : il  facilite à cet âge là, l’attention nécessaire à des acquisitions parfois difficiles. Ce travail d’exercice à la réflexion se poursuit dans tous les niveaux de classe du CP au CM2 de l’Ecole Elémentaire du 15, rue des Bauches.

Le succès de cette expérience m’a engagée à donner un caractère officiel à cet enseignement : j’ai créé il y a un an l’Association Socrate en classe.  

Association Socrate

Les ateliers de philosophie reprendront à la rentrée scolaire prochaine. Que les parents aient la gentillesse de me pardonner cette interruption, bien involontaire. Qu’ils veillent bien transmettre à leurs enfants « des bisous pour tous les goûts » et qu’ils les rassurent : Trompette et son bébé Trompinou (trop timide pour apparaître sur la photo), mes fidèles marionnettes, vont très bien et attendent patiemment de les revoir ! A bientôt ! »  

Arielle et Trompette

Laisser un commentaire